mercredi 11 novembre 2009

SMS 15

Aurore se dit que cela s’était mieux passé que prévu. Elle allait maintenant se faire un cinéma pour de vrai. C’était l‘excuse qu’elle avait inventé pour son escapade avec Tom. Séance de 18h.

Un homme avec des lunettes de soleil se mit à courir. Il traversa et marcha en sens inverse vers une femme.

- Salut !
- Salut.
- Ce n’est pas le chemin du café si ?
- Non… je voulais passer acheter un truc avant.
- Je viens avec vous.
- Non, ce n’est pas grave j’irai plus tard.
- Thé ou café ?
- Thé.

Ils marchèrent silencieux.

Pourquoi, pourquoi avait-il fallu qu’elle tombe sur lui ? Il n’était que quatre heure et demie. Les artistes n’étaient-ils pas censé arriver en retard ? Se faire désirer ? Qu’allait-elle faire maintenant ? Rien. Boire un thé et au revoir. Il ne connaissait pas son nom. Il ne pourrait pas la retrouver.

Elle avait fait une de ses têtes en le voyant. Il avait bien fait d’arriver en avance. Bah il n’arrivait jamais en retard. Elle était jolie, plus que l’autre soir, la lumière du jour faisait ressortir ses yeux.

Elle se glissa sur la banquette, il s’assit en face. Il pouvait sentir sa gêne. Ils commandèrent. Et il s’éclipsa aux toilettes enfin fit comme si. Ultime vérification.

« Ton IL sombre desséché. Viendras-tu le sauver ? »

Alors qu’Aurore se demandait si elle n’allait pas profiter d’être seule pour partir le garçon apporta les thés. Bip, bip. Son portable. C’était lui. Incroyable ! Il lui envoyait un texto alors qu’il est en rendez-vous avec… elle. Enfin avec son autre elle !

C’était bien elle… Et elle le lisait encore. Tom revint à la table En le voyant Aurore rangea son portable précipitamment.

- Mauvaise nouvelle ?
- Je… Non je regardais juste l’heure.
- Pressée de partir ?
- Honnêtement oui. Je ne sais plus trop ce que je fais là.
- Vous prenez un thé avec l’étoile montante du rock français dixit Télérama…
- Non je veux dire, je ne sais pas… Qu’attendez-vous de moi ?
- Et vous ?
- Rien. Je suis mariée, j’ai une fille.
- Alors pourquoi avoir accepté le rendez-vous ?
- Je me le demande encore… Votre charme sans doute m’y a poussé, votre charme et les quelques verres de vin de trop.
- Moi j’ai aimé parler avec vous alors j’avais envie de vous revoir…
- Vous voulez que nous nous voyions pour parler ?
- Cela vous étonne ?

Aurore ne dit rien. Elle réfléchit. Il la prenait pour sa vieille tante ou quoi ? La voir pour parler… Aurore se sentit vexée mais vexée. N’inspirait-elle plus le moindre désir ? Il voulait parler ! Eh bien ils parleraient. Elle pouvait très bien devenir son amie. Oui. Elle en était tout à fait capable !

Tom l’avait bien eu ! Elle s’était imaginé quoi ? Qu’il allait lui sauter dessus ? Il n’allait pas lui faire ce plaisir, pas tout de suite ! A lui de tenir les rênes maintenant. Cela serait où il voudrait, quand il voudrait…

- Ce qui m’étonne c’est que quelqu’un de votre âge s’intéresse à quelqu’un du mien.
- Il n’y pas une si grande différence, n’exagère pas ! Alors parle-moi de ton fameux projet !
- Je n’en suis qu’au début… (il la tutoyait…)
- Raconte.
- Non je suis superstitieuse. Je ne préfère pas. (eh bien elle aussi !) Ca ne te dirait pas d’aller au cinéma là ?
- Au cinéma ? Voir quoi ?
- On verra sur place.
- Pourquoi pas…

Elle le laissa payer les thés ! Les femmes à l’ancienne ne payaient pas ! Vieille il la voyait. Vieille elle serait. C’était bien, elle aurait un film à raconter en rentrant…


mardi 10 novembre 2009

SMS 14

Tom en eut soudain assez de tourner en rond dans son appart. Il partit. A Bastille. A pieds. Cela le calmerait. Il prit de petites rues. Il se défia. Se dit qu’il pouvait y arriver en une heure. Il avait un mauvais pressentiment. Le silence de sa dame aux SMS n’augurait rien de bon. Si l’autre l’abandonnait aussi ? Il accéléra trop, point de côté. Ses jambes faisaient n’importe quoi. Elles n’avaient pas le rythme. Il fouilla les poches de sa veste en cuir et trouva son bon vieux MP3. Divine Comedy. Parfait.

Une heure quinze, Tom était presque arrivé, les chansons mélancoliques l’avaient ralenti. Il ôta ses écouteurs et vit plusieurs enfants contre une palissade, que regardaient-ils ? Une femme, de dos qui racontaient une histoire à des enfants. Il demanda à un petit de lui raconter le début.

- C’est la dame, elle a acheté une maison avec une sorcière dans le placard à balais. Il ne faut pas dire la phrase sinon elle sort.

Il allait demander quelle phrase quand il entendit :

- Sorcière, sorcière prends garde à ton derrière !

Tous les enfants crièrent NOOON !!!

La femme trembla.

- Je n’ose pas me retourner, dites moi les enfants la sorcière est là ?

- OUIIIIIIIIIIIIIIIIII !

Elle se retourna rapidement et cria elle aussi. Elle se retourna encore et Tom reconnut la femme de l’autre soir. Elle continua à raconter et il l’écouta avec émotion. Elle termina. « Cric Crac ». Elle s’assit parmi eux. Un truc vient le turlupiner. Et cela lui revint : sa dame aux SMS était conteuse. Serait-ce possible ? Ce ne pouvait être une coïncidence. Elle était venue le voir aux Nocturnes. Elle était venue le voir pour clore tout cela. Plus de fantasme, plus d’histoire. Plus de SMS, ils passaient à autre chose. Il sentit le trac monter. La voilà qui se levait, qui s’en allait. Vite il fallait se cacher. Elle ne devait pas se douter qu’il savait. Mais que faisait-elle ? Elle prenait la direction opposée au Café de l’Industrie. Elle allait lui poser un lapin ! Impossible !

lundi 9 novembre 2009

SMS 13

Mercredi tout gris malgré le soleil... tout semblait terne à Aurore, couvert d’un voile maussade. Cet après-midi elle devait conter dans un centre de loisirs à des enfants de 7/8 ans. Elle choisit des contes de Gripari : « La sorcière du placard aux balais » et
« La maison de l’oncle Pierre ». Elle s’habilla en noir comme toujours. Neutre. Une conteuse lui avait dit un jour qu’elle était très théâtrale toute en noir, son corps sombre telle une scène et son visage en lumière où se jouait toute l’histoire. Elle en avait été heureuse car ce qu’elle recherchait. Qu’on oubliât la femme, qu’on ne voit plus que le conte qui se déroulait...

Alors qu’elle fermait la porte à clefs, elle entendit le bip bip caractéristique.

«Je retire le maudite sirène ! Tu me manques !»

Si elle répondait, elle replongeait. Si elle répondait elle irait au café de l’Industrie. Si elle répondait cela bouleverserait sa vie. Plage 7. Fallait-il jeter le CD ?

Elle arriva au centre de loisirs, il faisait si beau qu’on lui proposa de conter dans le petit jardin. Les enfants la connaissaient. A peine arrivée, ils s’assirent tous et lancèrent le mot magique pour entrer dans l’histoire « Cric Crac ». L’histoire était ouverte… Aurore adorait ces deux contes. Elle oublia tout. Ils passèrent un moment magique. Les enfants réagirent au quart de tour, rirent aux éclats… « Cric Crac ». Fin de la deuxième histoire. Aurore se sentait super bien. Elle s’assit parmi les enfants et les écouta reprendre des phrases, rejouer des scènes, elle répondit à leurs questions puis elle s’en alla. Il ne fallait jamais trop rester. Elle n’était que celle qui transmettait.


dimanche 8 novembre 2009

S(weet) M(elhancolic) S(oul) 12

« Si je suis ton île, tu es la mer dans laquelle je suis prêt à couler à jamais... Je deviens mauvais poète, vois où tu m’emmènes maudite sirène… »

Mauvais réflexe ça de lire ses messages. Elle ne t’attirerait plus dans ses filets jamais… Y avait-il un moyen de proscrire un numéro sur un portable ? Aurore essaya tous les menus sans trouver et n’osa pas demander à son mari. Bah IL finira par se lasser.

Tom était inquiet. Elle ne lui avait pas répondu tout de suite. Ni le lendemain, ni le surlendemain. C’était la première fois qu’elle faisait ça. Avait-elle égaré son téléphone ? Effacé mon numéro par erreur ? Il ne pouvait croire que c’était fini. Il tint un peu puis finit par craquer et renvoyer un autre message. Il avait besoin du mot fin pour tourner la page, pour quitter la salle sans rappels…

samedi 7 novembre 2009

SMS 11

Mais quelle conne, elle avait failli lui dire qu’elle contait. Il ne le savait sans doute pas mais imaginons qu’il ait lu son profil sur Myspace, alors là elle se serait grillée en beauté. Elle allait le revoir. IL voulait la revoir. « Il », son île… Sur quel projet pourrait-elle travailler ? Elle allait lui mentir. C’était nul. Mais n’avaient-ils pas fait que cela depuis le début ? Se mentir, se raconter des histoires ?

Tom l’avait regardée partir sans se retourner. Quelque chose lui disait qu’il ne parviendrait pas facilement à obtenir son numéro. C’était son prochain objectif. Rien de plus, rien de moins.

Aurore se réveilla au milieu de la nuit hyper angoissée. Sur le moment elle avait été contente d’elle. Là, elle réalisait qu’elle commettait une énorme bêtise. Pourquoi le revoir ? Que voulait-elle vraiment ? Un homme jeune ? Une liaison avec une célébrité ? Pour palpiter, pour se dire que c’était possible. Une liaison avec celui dont la voix la faisait vibrer. Elle trahissait son mari. Son mari, sa famille. Leur équilibre en balance. De quel droit ? Son petit délire texto tournait mal. Elle se leva et alla boire de l’eau à la cuisine. Il lui fallait renoncer tout arrêter. Tout. Elle n’était pas capable de mentir ni à son mari, ni à lui. Plus de texto. Et elle n’irait pas au rendez-vous non plus. Forte de ses nouvelles résolutions elle se recoucha sans parvenir à trouver le sommeil.


vendredi 6 novembre 2009

SMS 10

Ils parlèrent musique et littérature. Elle fut surprise par sa culture.

- Il faut que je parte, je vais rater le dernier métro.
- Je peux vous ramener.
- J’habite loin.
- Justement.
- Je ne préfère pas mais merci.
- On pourrait prendre un verre un soir ?

Elle sentit ce feu au creux de son ventre. L’envie monter. Il était si sûr de lui. IL.

- On pourrait.

Tom farfouilla dans ses poches et nota son numéro de portable. Ce n’était pas le même ! Déroutée elle ne le prit pas.

- Je n’oserai pas appeler. Pas même envoyer un SMS.

Il tressaillit à « SMS ». Aurore s'en réjouit...

- Pourquoi pas un café ou un thé au café de l’Industrie mercredi ? Je travaillerai près de Bastille ce jour là.
- Vous faites quoi ?
- Je vais con... Euh je vais constituer un dossier pour un projet.
- Quel genre de projet ?
- Nous en parlerons mercredi si vous voulez, 17h ça vous va ?
- Oui d’accord.

Aurore lui sourit et partit. Il resta planté là, avec son numéro de portable à la main. Il jeta son numéro en boule dans un cendrier puis s’offrit un autre verre sous le regard enamouré de quelques fans encore là…


jeudi 5 novembre 2009

SMS 9

Elle avait disparu. Tom la chercha du regard. Il ne voulait pas qu’elle soit partie. Lui et sa foutue politesse. Il respectait ses fans. Comme il respectait ses profs, son grand-père, ses parents, pas un mot de trop. Il avait été élevé dans le respect des autres. Si, si ça se faisait encore. Ses fans le faisaient vivre, rendaient sa musique vivante. Sans eux il n’existerait pas. Mais peu importait. Que lui arrivait-il ? Il n’avait aucune liaison suivie depuis la femme aux SMS. Il ne dépassait pas la première nuit. Il fallait qu’il l’exorcise. Il le fallait absolument. Cette femme allait l’y aider, cette femme concrète, vivante. Cette femme sans SMS. Les toilettes, elle devait y être…

Aurore s’en lavait les mains. Adviendra que pourra. Il fallait juste que un et un fasse trois. Qu’il ne la devinât pas. Elle évita de se regarder dans la glace. Elle craignait trop d’y voir une femme entre deux âges. Une femme, pas une ado, plus une ado depuis longtemps. Elle sortit. Il était là, deux verres à la main. Il l’attira dans un coin calme. Elle aimait les coins. Elle aimait définitivement les coins.